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Fruit d’une réflexion nourrie depuis l’enfance et rendu à travers la folie de l’art, « la danse nocturne », dans l’envolée d’une frénésie poétique moulue par le bronze, met à nue un pan de l’évolution des mœurs sous nos tropiques. Optant pour le teint dégradé, mimant la dépigmentation selon l’artiste, le premier point saillant de l’œuvre est une oreille humaine symbolisant d’après lui, la base de toute, sagesse à savoir l’écoute. La lobe de cette oreille dans un autre regard, est un croissant lunaire et en même temps, le valse d’une étoffe qu’une fille presque nue à la poitrine dénudée tire vers elle ; et c’est le second point saillant de l’œuvre. Le troisième quant à lui est caractérisé par un nez prononcé soutenu par une bouche largement ouverte, mimant la stupéfaction et le tout surplombé par une vue en alerte d’un œil. Ainsi, sans tabous et dans la fiction artistique, « la danse nocturne échauffe primo, les préoccupations sanitaires dues à la dépigmentation. Et secondo, elle épice la déviation vestimentaire osée et éhontée d’une partie de la junte féminine », déplore l’artiste sculpteur bronzier, Abdoul Karim Sana.

Abdoul Karim expliquant le procédé de la platine sur une des vitrines sis au Village artisanal de Ouagadougou (VAO)

            l’œuvre d’art est un reflet, un miroir de la société

Pour une première participation à la Semaine nationale de la culture, ce dernier, remporte avec son œuvre, « la danse nocturne », le Grand prix national des arts et des lettres (GPNAL), dans la discipline sculpture de la catégorie arts plastiques. « L’annonce m’a été faite alors que j’étais en partance pour une exposition en France et ce fut pour moi une surprise agréable, en un instant j’ai senti une fierté en moi que j’avais du mal à contenir », s’est exprimé l’artiste. « Décrocher une pareille distinction à cette prestigieuse manifestation culturelle nationale, qu’est la SNC te confère un grade en plus et la stimulation te gagne et cela donne libre cours à tes imaginations et c’est aussi le sentiment que le message est passé », a-t-il ajouté. En effet, selon Abdoul Karim, l’œuvre d’art est un reflet, un miroir de la société à travers laquelle un message de dénonciation, d’encouragement ou de félicité est couvé. « Par cette œuvre, j’ai mis en exergue avec des pigments locaux, une facette nauséabonde de l’évolution », a–t-il confié. 6 lauréats sur 9 à prendre nécessitent des sentiments de satisfaction d’après le Directeur provincial de la culture, des arts et du tourisme du Kadiogo, Barthélémy Kaboré. « On ne peut que s’en félicité avec un tel score obtenu à la SNC mais, le plus préoccupant pour nous c’est une participation exhaustive des artistes car elle est à mon avis, un atout  pour une visibilité des artistes et de leurs œuvres ; du reste à cette 21e édition le Kadiogo a dominé le championnat en art plastique », s’est félicité le dp.

6 lauréats sur 9 dans la catégorie art plastique suscite des motifs de satisfaction d’après le Directeur provincial de la culture, des arts et du tourisme du Kadiogo, Barthélémy Kaboré

Adeptes de styles composés, il s’intéressa à l’art depuis sa classe de CE1 et en faisait une occupation à toute vacance scolaire lors desquelles il suivait des sessions de formation artistique au Centre National de Formation en Artisan d’Art-Birgui Julien Ouedraogo (CNFAA-BJO) ex (Centre National d’Artisanat). Débutant son apprentissage avec le formateur Yaya Siénou, il roula sa bosse dans plusieurs domaines et passa sous la coupe de 6 formateurs. « J’ai peaufiné ma pédagogie artistique avec monsieur Ali Nikiéma, sous sa conduite j’ai bénéficié d’une formation artistique appliquée ainsi que la technique des couleurs en bronze appelée la platine », a révélé Karim Sana. Avant d’ajouter que M. Nikiéma lui a permis d’intégrer le Village artisanal de Ouagadougou (VOA) en 2003, et de se consacrer dorénavant en tant qu’artiste, faute de moyens pour continuer ses études 3 ans après l’obtention du BEPC.

           les artistes doivent avoir la possibilité de voyager à travers le monde

Créateur composite de figures, Abdoul Karin Sana se fait distingué en 2014, en remportant le premier prix au festival art vision avec « Volte-face ». Une composition de deux portraits humains aux traits distincts imageant le le ying et le yang, le bien (traits charmants) et le mal (visage de vampire aux crocs acérés). 4 ans auparavant (2010), sa lampe composée d’une poulotte vendeuse de lait dont les calebasses sont des porte-ampoules, reçoit le prix de la marraine au Salon international de l’art de Ouagadougou (SIAO). Abdoul Karim Sana a participé à des festivals à l’international. « J’ai représenté toute l’Afrique au cours du mois de mai 2024 et J’ai compéti avec une œuvre que j’ai dénommée l’oiseau migrateur », a-t-il.

Amoureux de mélange de thèmes, à travers cette œuvre, se dessine selon l’artiste, à la fois la carte de l’Afrique, un oiseau qui prend son envol, soutenus par une canne tenant le baluchon du voyageur. « D’où l’image de l’oiseau d’Afrique volant à la recherche d’un monde meilleur », a-t-il soutenu. L’œuvre d’après lui, soutien que les artistes doivent avoir la possibilité de voyager à travers le monde à l’image des oiseaux migratoires qui vont dans les quatre coins du monde sans obligation d’avoir de passeports et de visas, etc. Car, pour le lauréat, c’est l’une des préoccupations des artistes et qui freinent bien souvent leur élan, leur épanouissement. Aussi, se prononçant sur les difficultés, Abdoul Karim souligne le délai assez court (7 jours) imposé pour le dépôt de candidature à la SNC. « Pour cette édition j’ai eu la chance de participer car il n’y avait pas d’obligation de thème par rapport à des éditions antérieures où il y avait une imposition de thème ; aussi 7 jours ne suffisent pas à créer une œuvre suivant un mot d’ordre », a expliqué Karim. A côté de cette préoccupation d’ordre organisationnel, « notre secteur subi un coup en ce moment et qui malheureusement pousse certains artiste à l’abandon du métier. En effet, Abdoul Karim Sana a expliqué que le kilogramme de bronze qui se vendait entre 300 et 350 frs CFA il y a 20 ans de cela, se vend actuellement à environs 3000 frs CFA. 

Père de 4 enfants dont une fille et 3 garçons, Sana rêve d’avoir un centre de formation afin d’initier la jeune génération aux métiers de l’art. Mais en attendant, il est dans la dynamique de la production d’un vernissage. « Je suis à 8 objets et j’espère avoir 10 afin de procéder à une exposition bientôt », a révélé Karim Sana. Sollicitant une revalorisation des droits  de la part du Bureau burkinabè des Droits d’auteurs (BBDA), le lauréat prie pour une paix au pays des hommes intègres.

                                                                                                      José Marie