Le 12 avril 2024, a marqué la fin d’initiation dans la communauté sèmè d’Orodara, chef-lieu de la province du Kénédougou, région des hauts-bassins du Burkina Faso. Une clameur monte en ce milieu de matinée du 12 avril et l’espace aménagé à un jet de pierre du palais de sa majesté Massa Traoré de Orodara, au secteur 2, pour accueillir la cohorte 2024 des Donoblih, ou les enfants du Do, ou du bois sacré en siamou, d’après Klin Sondé Coulibaly dit Yacouba, de la caste des forgerons.

Au nombre d’environ 600 jeunes hommes issus de 4 villages (Orodara, Nialé, Salé et Vidara), âgés de 17 à 37 ans, venant de toutes les catégories sociales en file indienne font une procession sur l’air de la manifestation. En masque de fibres noir, truffés de gris-gris, armes en bois et queues en main, des bracelets, des amulettes ornant les bras et les biceps et les jambes ceinturées de grelots, les Donoblih aux pas sonores, esquissent des pas de danse d’initiés au son du terroir fait de balafon, du Krokoto (un ensemble de 3 petits-tam-tams fait de terre cuite), de flûte accompagnée de chants de femmes. Cette parade suit une hiérarchie séculaire. En effet, selon Foué Lassina Traoré, un des fils du chef de Orodara, les griots au masque menu de long bec ouvrent le défilé, ces derniers sont suivis des forgerons et des nobles. « Dans chaque catégorie, les cadets sont précédés des aînés et seuls les neveux peuvent se choisir une place de choix dans le rang », a précisé Foué Lassina.

Le moment est historique et mémorable pour la communauté. Elle confère aux Donoblih le statut d’homme mûr nourris de la sève sèmè d’après klin Sondé. « Ils sont les porte-étendards, les guerriers de la communauté et sont à mesure de la défendre durant les 40 prochaines années », a-t-il assené. « C’est une nouvelle génération qui se met en place, l’air change au sein de la communauté sèmè », a affirmé Klin Sondé Coulibaly. Ce dernier a expliqué quela communauté sèmè évolue suivant une étape générationnelle de 40 ans.

Une crainte du vois sacré fait place à une vitalité et à une fierté

Dès la naissance nous sommes considérés comme des batchèm, c’est-à-dire un homme qui n’est pas mûr et il faut avoir subi l’initiation au Do afin de prendre le statut d’homme mûr, de guerrier de la communauté, un statut confirmé par le baptême au prénom d’initié suivant un rituel voué aux signes zodiaques. Et pour se faire les Donoblih ont, « durant 3 croissants lunaires séjourné dans le bois sacré afin d’être initiés aux us et coutumes de la communauté sèmè, il s’agit fondamentalement de répondre aux 3 capitales préoccupations que sont, d’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Et où allons-nous ? », a indiqué Coulibaly dit Yacouba. « J’avais une peur évidente avant de rentrer dans le bois sacré mais aujourd’hui cette peur fait place à une vitalité, une fierté de promouvoir et de valoriser ma culture», s’est exprimé le dorénavant, Konon Ibrahim Traoré. A côté de lui, Kouélé Ousmane Traoré se réjouit d’avoir pu accomplir cet acte hautement important qui lui confère ce statut d’homme de la communauté. Cette cérémonie hautement symbolique marque le renouveau et la continuité de nos valeurs ancestrales selon Djougouèl Magloire Traoré le président du comité d’organisation de la cérémonie officielle de sortie. Citant la magie du temps, ce dernier a souligné le fait que les enfants du Do de 2024, aient pris comme nom de baptême : le capitaine Ibrahim Traoré tout comme ceux de 1986 qui avait le capitaine Thomas Sankara, chef de l’Etat en son temps comme nom de baptême. A cet effet, le Ministre d’Etat, ministre de la Communication, de la culture, des arts et du tourisme, Jean Emmanuel Rimtalba Ouedraogo, parrain de la dite cérémonie, a confié que cette cohorte a fait le choix d’être en phase avec les orientations de la transition mais aussi et surtout de défendre les valeurs prônées par le chef de l’état.

Notre communauté mourait sans les Donoblih
Cette pratique ancestrale qui puise ses origines depuis la fondation de Orodara dans les années 1800, interpelle sur le renouvellement de bras valides, de penseurs et vise aussi à une révision de lois et de règles mis en place il y a 4 décennies. En cela elle émet des interdits. Aussi, les filles et les tout-petits ne sont pas autorisés à suivre cette initiation. Aussi, Ils se rasent la tête au moment de l’arrivée des Donoblih. « C’est pour eux un acte d’accompagnement, d’affirmation de son appartenance à la communauté sèmè », a souligné Lassina Traoré. En outre, la grande famille des forgerons de Grichin, celle du chef de canton et les habitants du quartier Tchocô n’y vont pas non plus, mais reçoivent exceptionnellement leur initiation à la maison d’après Klin Coulibaly. Ce dernier a souligné qu’en dehors des griottes qui sont habilitées à apporter à boire et à manger aux Donoblih personne n’y a accès. Et il fait un rappel par rapport aux personnes de la 3ième catégorie qui ne peuvent pas assister à une troisième sortie officielle de Donoblih.
L’arrivée des Donoblih entame l’accomplissement de rituels et de sacrifices autours de certains autels à travers la ville avant que ces derniers ne regagnent leur domicile respectif, 3 jours après. C’est aussi à cette occasion que les résidents et la diaspora viennent se confier aux différents autels pour diverses sollicitations. Au soir du troisième jour et tard dans la nuit, les Donoblih se débarrassent de leur masque en les accrochant aux murs de vestibules avant de regagner leur domicile où les parents dans l’impatience les attendent afin d’exprimer cette fierté familiale. Une fierté familiale qui contamine toute la communauté sèmè. En effet, d’après Massa Traoré, l’initiation au bois sacré, a une importance capitale dans la communauté, elle définit et caractérise notre peuple, elle joue un rôle majeur et ne peut pas être survolée. « Sans elle notre communauté meurt », a appuyé le chef de Orodara. Aussi, «parler seulement la langue siamou ne fait pas de toi un siamou mais il faut aussi et surtout considérer cette voie spirituelle et accepter accomplir nos us et nos coutumes », a insisté Klin Sondé Coulibaly.
Dans le souci de ne laisser personnage en marge, un processus d’initiations intermédiaires dénommées « kinnin-kinni », est mis en place et s’est tenu au cours des ans, 2015, 2017 et 2021. Pour le représentant le chef de l’Etat, le Ministre d’Etat, ministre de la défense et des anciens combattants, Kassoum Coulibaly, cette initiation en même temps qu’elle détermine la communauté sèmé, sa pérennisation participe à la valorisation de notre culture. Et à ce titre, « il convient de saluer cet engagement en faveur des us et coutumes, une valeur cardinale de la communauté sèmè », a confié Kassoum Coulibaly.
En attendant les prochains «kinnin-kinni », la prochaine sortie officielle est prévue pour au plus tard en 2064.
M’Tinda Beogo
