La 29e édition du festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou s’ouvre le 22 février prochain à sous le thème fort à propos de Cinéma et identités culturelles. Un thème judicieux et bien dans l’air du temps marqué de plus en plus par un besoin d’émancipation de la part de nos États plus que jamais résolus à rompre le « cordon ombilical » de la colonisation et à expérimenter des voies endogènes de développement. Une quête qui place la culture véritablement au centre de toutes les politiques si tant est que pour être, il faut d’abord savoir, et, pour savoir il faut nécessairement se ressourcer pour aller sans complexe d’infériorité à la rencontre des autres et traiter d’égal à égal avec eux. Le septième art est un puissant vecteur pour se faire, si du moins nos cinéastes abandonnaient les thèmes lénifiants dignes du « cinéma calebasse » comme le disait le maestro Drissa Ouedraogo pour s’emparer de notre histoire aussi bien passée que contemporaine pour la mettre à la disposition des masses populaires dans toute sa dimension et sa beauté, enfin de battre en brèche les théories dignes du comte de Gobineau qui font du continent noir et de sa diaspora une « terre vierge » en matière de faits historiques. Un travail de titan qui n’autorise aucune paresse intellectuelle ni compromission quelconque. C’est dire que l’Afrique doit inventer son propre narratif et l’imposer aux autres, plutôt que d’être le réceptacle de leurs fantasmes et élucubrations. Là aussi il va falloir oser inventer l’avenir dans la douleur en gardant les yeux secs et, l’idée de fédéralisme ne saurait être occultée dans cette occurrence, si l’on convient que le développement sera endogène et intégré ou ne sera pas. Nos cinéastes doivent donc être des aiguilleurs de conscience pour amener les politiques à sortir des lieux communs et les rafistolages mineurs pour accomplir l’acte qui consomme la rupture avec les faux ensembles comme le disait si bien Cheikh Anta Diop. D’autres thèmes existent pour l’avènement de cette Afrique debout, fière de ses racines et le regard fixé vers le progrès et l’espérance pour les populations. C’est ce cinéma de combat dont les précurseurs furent Sembene Ousmane, Djibril Mambeti Diop, Souleymane Cissé et Idrissa Ouedraogo entre autres dont nous rêvons pour que l’Afrique rêve, vive et s’affirme à son propre rythme plutôt que sous le prisme déformant des autres. Ce thème ne doit donc pas uniquement avoir été choisi pour faire mode, mais plutôt servir de moment d’introspection sans acrimonie criticiste mais aussi sans complaisance dans le diagnostic à poser pour la naissance d’un cinéma majeur et émancipateur. Qui a dit que les artistes étaient là conscience des peuples ?
Alassane Ouedraogo
